Pourquoi je ne filerai pas 3 euros par mois à "Arrêt sur Images" !
Visiblement, il y aurait déjà plus de 3000 abonnés déclarés en quelques heures... Quel succès, c'est beau un pays qui se révolte pour défendre la liberté de penser et de s'indigner !
Attention, alerte, warning, je précise que j'étais un fan absolu d'Arrêt sur Images des débuts. Mais progressivement, et malgré un talent évident, il me semble que le Daniel a fini par tomber dans le piège de sa posture. A force de regarder la paille dans l'oeil du voisin, on finit par se prendre une poutre dans le cul (proverbe charpentier). Cette façon grandiloquante de s'indigner de la fin de son émission, la pétition, le drame, les larmes, les locaux qui se vident... On aurait dit la fin de la 5ème, Jean-Claude Bourret en moins.
Bon, pour être honnête, l'idée que le Net puisse servir de refuge aux licenciés de l'audience de masse ne me dérange pas, plus on est de fous plus on rit. J'aime bien aussi l'idée qu'un programme fasse le point sur les manipulations et autres détournements : c'est très sain. Mais je m'irrite très vite des causes artificielles, du langage citoyen faussement cool des ex-journastars qui débarquent sur la toile... Allez, je te balance une pincée de "débat public", je ratisse un zeste de "tarif spécial chômeurs et étudiants", un peu de "elle sera financée par... vous", et roule ma poule, tout le monde derrière moi ! Je ne sais pas vous, mais moi ça passe pas. Il y a comme un arrière goût de "Prend-moi pour un gogo en me poussant à l'indignation citoyenne de mes deux..."
Et pourtant, la censure, la manipulation, les influences sur les médias, sont sans doute les sujets qui me touchent le plus, davantage même qu'un Tsunami ou qu'un pingouin mazouté. Mais là, le petit côté victime, porteur d'une mission d'ordre public et d'intérêt national me brise littéralement l'écoute.
Néanmoins, j'irai voir. J'irai voir, et si c'est bien, si je suis addicted, si ça vaut le coup, alors là je paierai. Dans ce sens là, il me semble que cela a un sens. Parce que je ne file pas 30 euros par an à Daniel Schneiderman sur le web sur le seul argument de sa gloire passée à la télévision. Le web fournit chaque jour, à travers les blogs que je lis, des dizaines de regards critiques sur la télévision et la politique. Son émission, unique en son temps, est aujourd'hui éparpillée partout, chez chacun de nous. Les images sont accessibles en un clic. Les détournements repérés. Ce qui change, c'est le regard de chacun sur ces manipulations, et la façon de l'exprimer. Et là, désolé, mais le regard de Daniel, pour le moment et sans avoir vu quoi que ce soit, ne vaut pas 30 euros. Heureusement pour son équipe (qui m'a l'air très bien, je précise pour être gentil), d'autres pensent l'inverse et il y a la pub...
Ah oui, parce que bon, je ne vous ai pas dit. Il y a un double modèle économique tout à fait chatoyant, confusément expliqué à la page "Abonnements", voici un extrait : "Comment l'émission sera-t-elle financée ? Exclusivement par ses abonnés, et par la publicité."
Je répète, charlie tango, je répète : "EXCLUSIVEMENT PAR SES ABONNÉS ET LA PUBLICITÉ".
L'abonnement et la publicité sont, en gros, les deux sources de revenu principaux sur le net, pour un site d'information (qui veut gagner de l'argent, pas seulement en dépenser). Qu'est-ce que ça veut dire d'être EXCLUSIVEMENT financé par deux systèmes ? Du coup, ils ont choisi de pratiquer les deux, c'est pas con, mais de manière exclusive, bien entendu... Donc ils financent une partie du développement par les abonnements, et espèrent bien, je n'en doute pas, attirer les régies. Nous reparlerons alors de cette belle "indépendance" à laquelle ils s'attachent, loin du vilain capital des méchants investisseurs. (Je cite : "Pour rester totalement
indépendants, nous n'avons pas voulu faire appel à des investisseurs". Perso, je ne vois pas le rapport. Et de ce que je connais, on est davantage libre avec un investisseur qu'avec des annonceurs. Mais c'est une autre histoire...).
Poursuivons gaiement notre lecture de la page "Abonnez-vous !" :
"@rrêt sur images vous proposera des
rendez-vous télévisés plus courts, plus fréquents, ainsi que des enquêtes et des
dossiers multimedia."
Ils ne peuvent pas s'empêcher, les gens de la télé, de venir faire des rendez-vous télévisés sur le web... C'est 36 chandelles et le retour de Jean Nohain. Je sais, je chipote. J'ai le droit, c'est mon blog et je suis d'humeur badine.
"L’abonnement coûte 3 euros par mois (au total, 30 euros par an : les deux
mois d’été sont offerts)."
J'aimerais juste savoir si les programmes continueront pendant l'été. Dans ce cas c'est un beau cadeau, et je dis "wouahooo" : 6 euros !!!... Sinon, c'est un vilain mensonge, un compromis avec la réalité. Je veux savoir Daniel ! Dis-moi si tu analyseras le comportement douteux des vachettes d'Interville et la traitrise patente de l'équipe des rouges de Koh-Lanta 2008 !
"Pour les étudiants, les chômeurs et les précaires, l'abonnement est fixé à 1 euro par mois (soit 12 euros par an). Pas besoin de justificatif, nous avons choisi de vous faire confiance."
Trop cool cette attitude à la fois Web.2.0. et rastalove. Toi le précaire, mon ami en révolte, je te fais cadeau de ma production pour 1 euro car il ne serait pas juste que tu sois privé du débat public... Je te fais confiance, man, pas de lézard. De toute façons j'écoute du Jon Baez en fumant un pétard libertaire, je n'ai pas le temps d'aller vérifier ton dossier Assedic, et puis personne ne me le donnerait anyway ("nous avons choisi de te faire confiance", non mais je rêve, tu veux faire comment de toutes façons ? Prend moi pour une truffe) ! Ah oui, pour les précaires, l'été est compris dans le prix, pas de cadeau ! C'est 12 euros, pas un de moins.
"Si vous souhaitez soutenir le projet d’@rrêt sur images, le montant de l’abonnement de soutien est sans limite. Vous pouvez souscrire pour 50, 100 euros, ou davantage."
Bien sûr. Allez je vous donne 400 euros, allez tiens, c'est cadeau, c'est pour moi. No limit Daniel Hold'em avec Schneidermann en croupier et bibi cocu content. Je chipote j'ai dit...
A la question posée : Et s'il n'y a pas assez d'abonnés pour construire un projet viable ?
"Nous ne voulons pas croire à cette hypothèse. Mais dans ce cas, toutes les
sommes non utilisées seront restituées."
Attention les gars, si vous lisez bien, "toutes les sommes non utilisées seront restituées...". C'est bizarre cette formulation, non ? Cela mériterait un arrêt sur images.
LADIES & GENTLEMEN, VOICI LA QUESTION CLÉ :
Les non abonnés auront-ils accès au site ?
"Oui. Certains des contenus du site seront en accès libre et gratuit dans un
premier temps, après leur mise en ligne. @rrêt sur images contribuera ainsi au
débat public. Mais seuls les abonnés (et les amis radins) auront accès, au delà de ce
délai, à nos dossiers multimedia, et à nos archives classées. Ils auront en
outre accès à un espace personnel d’un nouveau type, qui leur permettra
d’échanger informations et tuyaux de toutes sortes avec d’autres membres de la
communauté."
OK, je me trompe peut-être, mais ce n'est pas très clair. Moi je lis : "L'émission sera gratuite et accessible à tous. Mais seuls les abonnés pourront profiter des archives et du fait de faire partie d'une chouette communauté qui discute de super trucs citoyens du débat public."
Perso, je ne paie pas pour voir, comme ça, sans savoir. C'est quoi "un espace personnel d'un nouveau type" ? Une sorte de Facebook citoyen avec la radio dedans et des petites annonces coquines ? Il y aura quoi dans les dossiers multimédia ? Quels genre de tuyaux vous allez me donner : "Comment regarder le journal de 20h00 sans prendre tout ce que dit Claire Chazal pour argent comptant ?".
Bon, n'allez pas croire que je ne soutiens pas. C'est juste que si c'est gratos pour la majorité des contenus, je ne vais pas payer 3 euros. Surtout si vous ne branlez rien l'été, que les étudiants resquillent et que si votre projet plante, vous ne nous rendrez que la monnaie.
Donc, Daniel, je ne ferai pas partie des early adopters payants de ton nouveau combat de vie, je le regrette. C'est juste à cause du petit ton employé et des zones de flou, ça ne va pas plus loin. Pour le moment je vais suivre le blog, compter les jours péniblement, surveiller les premières réactions, voir ce que j'aurai le droit de voir, et PAYER, si et seulement si ton nouveau projet tient la route.
Voilà, à + et bon courage !
