Le pied de Nicolas Hulot (en mots et en images)
Nicolas Hulot. Deux mots qui résonnent comme un souffle de deltaplane au-dessus de la banquise. Il était là, hier soir, à dérouler son angoisse devant une troupe de “blogueurs”. Le cheveux fatigué, le pull du dimanche descendant par-dessus le jean, les yeux clignotant, usés. On sent le tic trop longtemps contrôlé et enfin libéré après de longues semaines d’enjeux trop gros pour lui. Malgré une évidente lassitude corporelle, Nicolas Hulot remonte sur son cheval et déroule, un à un, les arguments de son combat. Plus il parle, plus l’envie me prend de commander une bière et un flingue, de m’en tirer une vite fait en criant “Vive le Québec libre !”, qui sera désormais mon mantra porte-bonheur. Je l’écoute et je ne ris plus, parce que je sens qu’il a raison. Mon éveil à l’écologie est progressif, tortueux, lâche, mais réel. Chaque jour, j’y pense d’une manière ou d’une autre. Mais là je sens que ça vient, plus gros, plus lourd. Je flippe pour mes enfants, leurs poumons, leurs enfants. Déjà qu’ils n’auront plus de retraite, qu’ils aient au moins une vie convenable, ce serait bien. Bref, j’écoute, je le regarde, et j’admire. Oui monsieur. Ils ne sont pas nombreux, les êtres admirables. Cantona, Peyo, Henri Winkler... Et qui d’autre ? Sérieusement, j’admire les hommes d’une mission, motivés par un but simple, trop gros pour eux, mais exceptionnel. Le héros dans toute sa splendeur, à l’apparence modeste mais terriblement puissant. On se demande ce qu’il motive, s’il est content de lui, s’il est vraiment si modeste, et au fond on s’en fout, parce que le héros court pour une cause qui le dépasse et nous concerne.
Je l’ai signé son pacte écologique, comme 500 000 autres. Il vise 500 000 de plus, et encore quelques millions. Je comprends son choix de ne pas y être allé. “Je veux rassembler, pas diviser”. En choisissant un camp, il prenait le risque de se couper des autres. Je comprends. On pourrait disserter sur l’inverse, et sans doute trouver des arguments, mais à quoi bon, avançons. Nicolas Hulot me semble plus à l’aise avec ce choix, comme libéré, bien dans ses pompes.
Ses pompes, parlons-en. Il parlait, parlait, parlait, mû par je ne sais quelle énergie sortie de ses tripes, et je lisais dans son cerveau quelque chose du genre “j’irais bien me coucher, m’écrouler, peut-être même pleurer un petit peu, qui sait ?, mais non, je dois continuer, leur parler, leur dire pour la Terre...”. Une machine exceptionnelle. Et puis j’ai regardé ses pieds. J’ai vu que, comme moi, il avait le pied nerveux. Un humain, avec des chaussures et des chaussettes. Je me suis dit que ces pieds-là avaient parcouru la terre entière, des forêts Amazoniennes jusqu’aux pôles, du désert Saharien aux étendues glacées de Sibérie. Ces pieds-là avaient tout vu. Et ce soir, ils étaient là, comme les miens, à égalité, juste à trembler de fatigue, à battre la mesure d’un discours récité par et avec coeur. Les pieds d’un gars comme les autres, mais qui ont boulingué. J’ai pensé à mes pieds plats, qui n’avaient pas vu grand chose au fond, et se sentaient alors très proches de ces deux-là. J’ai eu envie de lui serrer l’orteil pour lui dire que j’avais compris son message. (durée du film : 1'30'')
Si tout à coup ça vous prend, maintenant ou plus tard, le pacte écologique est là.
