Tire toi avec ta tête de nègre (et surtout ne te retourne pas)!
Voilà le topo. J’ai arrêté de fumer il y a exactement une semaine. C’est bon comme tout, je respire déjà mieux. Mais le problème c’est que je commence à crever la dalle dès 11h30. Et aujourd’hui, sans hésiter, je me suis dirigé vers la boulangerie à 12h00. A cette heure-là, il n’y a encore personne à la boulangerie, on trouve tous les sandwichs en rayon, c’est un peu le paradis du non-fumeur récent. Je me tâte, j’hésite, je regarde. Mes trois vendeuses ne sont là rien que pour moi. Nous plaisantons, ha ha ha, quelle bonne ambiance. Je sais qu’aujourd’hui je vais déraper. Je VEUX un gros gâteau riche en gras et en sucre, parce que je l’ai mérité, je fête mes 7 jours d’abstinence TOTALE (même pas une petite tafounette en cachette). Des clients entrent tandis que j’hésite. Je ne les regarde pas. JE SAIS, je veux celui-ci, le gros tout rond avec un peu de sucre glace dessus.
UNE TÊTE DE NÈGRE ! C’est celui-là que je veux, à tout prix. C’est impossible à manger, on s’en met partout, mais c’est tellement délicieux. Alors bon, je regarde les clients qui viennent de rentrer, et bien sûr, le gars derrière moi est... NOIR ! P’tain. Je suis maudit. Je sais, je crois me souvenir, qu’ils ont changé le nom de ce gâteau, mais impossible de remettre la main dessus. Comme il n’est que midi, ils n’ont pas encore mis les petites étiquettes avec les noms et les prix. Je suis seul avec un cas de conscience. Soit je me contente de montrer du doigt, comme ça, sans rien dire, mais la vitrine est ainsi faite que les nénettes ne savent jamais ce qu’on montre et demandent TOUJOURS de préciser. Cela risque d’être pire, parce que cela fera le mec qui a tenté de ne pas le dire... Soit je trouve un autre nom. Je pense à un “ballon meringue”, “un nichon camerounais” (ah merde c’est pas terrible non plus), “un Vénus Obscur”, p’tain, c’est l’angoisse. Voilà, le moment est arrivé, le gars est vraiment juste derrière moi. Je me dis que je pourrais commander un éclair, ou un Salambo ! Bah oui, je me souviens, le Salambo avant c’était un Gland ! Quand j’étais petit je bouffais du gland tous les mercredis chez Mémé. J’imagine la gêne de certaines demoiselles, au milieu de la queue, devant chuchoter un “je voudrais un gland s’il-vous-plaît...” Je comprends le problème. C’est cette même gêne qui m’envahit aujourd’hui. JE NE VAIS QUAND MÊME PAS CHANGER DE GÂTEAU POUR UN PROBLÈME DE LANGAGE, NON MAIS !!!!
Alors je me lance, j’improvise. Je montre du doigt et en même temps je dis : “Je voudrais la grosse boule, là.” Pas de bol, au moment où j’ai parlé, d’autres ont passé leur commande et ma nénette n’a pas entendu. Elle me demande de répéter. Pris dans le feu de l’action, je baisse la garde : “Je voudrais la grosse boule noire s’il-vous-plaît !”.
Arrrghhhhhh, j’ai merdé grave. Tout ça pour ça. Bravo Cyrille, quel esprit, quelle finesse. Une grosse boule noire. Ben voyons. Désolé l’ami. Pas grave hein ?
Je sens que le gars me regarde. Je fixe le four à micro-onde dans lequel s’écroule un pauvre hot dog. Merci madame. C’est fou. Il y a vingt ans ce n’était pas grave une Tête de nègre ou un gland. Un pet de none ou un nègre en chemise.
Je sens qu’il va falloir désormais faire très attention à ses commandes sous peine de passer pour un Salambo devant le plus grand nombre.
Mise à jour : merci à JM Ucciani pour son dessin. Sympa.
