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dim. 28 mai 2006

"Le vagin de la chatte avait pris la poussière !" (sic)

Dans ce gîte rural planté au cul du monde, on fait du cheval sous la pluie. Entre Troyes et Dijon, dans une forêt vert sombre où gambadent quelques biches cornues, les dingues d’équitation peuvent assouvir leur passion à moindres frais, reçus comme des milords, à l’ancienne, par ce couple d’éleveurs d’une rare gentillesse. L’endroit est rustique comme un fromage, on y trouve des pierres anciennes, des poutres, des feux de cheminées et des envies de dormir. Le gîte peut accueillir une quinzaine de personnes qui font à peu près tout ensemble, du cheval, des feux de cheminées et des repas conviviaux et calorifères. C’est le Club Med version Martin Guerre avec les G.O. en moins et la certitude que personne de vous demandera de faire un sketch à la soirée des G.M. ... Pour moi qui nourris autant d’attirance pour le cheval que pour une croûte de genoux de Venus Williams, un séjour dans ce lieu consiste essentiellement à occuper mes nains, digérer la tourte et faire mon asocial drôle qui préfère les vaches à Betty Boop ou Bacchus. Sans télé, ni mobile, ni Internet, je souffre parfois de grande solitude, bien vite guérie par l’absorption d’un muscat frais accompagné de son saucisson de pays.

Ce long préambule pour bien vous faire comprendre que, dans ce contexte, il est important de nouer des relations courtoises et harmonieuses avec les étrangers qui, comme vous, ont choisi le trou du cul du monde pour oublier leurs angoisses urbaines, la pollution et “le stress du quotidien”. Comme au Club Med, vous vous retrouvez à table avec des gens que ne vous connaissez pas mais que, a priori, vous aimez bien parce qu’ils ont choisi la même formule que vous. C’est ainsi que la brodeuse, Isa (une copine) et moi-même, avons fait la connaissance de Nathalie et Nathalie, autrement prénommée Judith. En effet, nous découvrons rapidement que Nathalie, la deuxième, s’est récemment convertie et ne mange plus de porc. Soit. J’ai demandé à la maîtresse de maison qui connaît tous les petits secrets si cette conversion avait été provoquée par amour ; elle me répondit que non. Je ne sais pas pourquoi, mais, dans mon esprit, on ne changeait de dieu que par amour pour un humain... Faudra que j’y repense.

Nathalie et Judith sont deux copines charmantes au demeurant avec qui nous discutons avec le plus grand plaisir en cette première soirée où nous arrivons tard, très tard, nous ne sommes que tous les cinq à table. Les autres dorment déjà depuis longtemps... Seul mâle, je suis forcément dominant, mais un peu fatigué par la route et surtout très concentré sur mon fromage de chèvre délicieusement accompagné de son côte-du-Rhône de belle couleur. Je jubile de plaisir et n’écoute que d’un oeil la conversation de mes ouailles qui dissertent, semble-t-il, sur l’effet de l’humidité sur le volume capillaire. C’est à cet instant que débute la conversation la plus surréaliste qu’il m’ ait été donné de vivre depuis longtemps. Je vous la rapporte à peu près telle quelle, de mémoire et sans filet :

Judith : “... Le vétérinaire pour mon chat !”
Moi, me réveillant de ma torpeur, et voulant faire mon intéressant : “Un chat, quel chat ? Attention, je suis spécialiste en chat (je n’avoue pas être un éminent sympathisant du CCC) ! Qu’est-ce qu’il a votre chat ?”
Judith : “Il est mort.”
Moi, tout ballot : “Ah. Désolé.”
Judith ne dit rien, sa copine non plus. Je sais que ma brodeuse frémit à l’intérieur, elle a peur de ce que je vais dire. Isa, qui me ressemble sur de nombreux points, a sa petite tête de pré-fourire gêné.
Judith, s’adressant à la maîtresse de maison qui vient de nous amener de la tarte aux pêches redoutable : “j’ai amené les radios de ma chatte pour les montrer aux vétérinaire...”
Autant vous dire que déjà, à cet instant, j’ai des crampes de douleurs dans la mâchoire, le ventre, les yeux.
Judith : “Je suis sûr qu’il saura me dire de quoi elle est morte...”
Isa et moi sommes au bord de la rupture. Il n’est pourtant pas concevable de débuter le séjour par un tel drame. Il n’est humainement pas envisageable qu’elle puisse sentir que nous rions de son drame. La brodeuse, fruit d’une éducation parfaite, tient les rennes de la bienséance et sauve la situation.
La brodeuse : “Mais qu’est-ce qui s’est passé ?”
Moi : “Mais oui, qu’est-ce qui s’est passé ?”.
Isa se retient d’exploser de rire dans ses mains, personne ne la remarque à cet instant.
Judith : “C’était le 8 mars. Ma chatte a gonflé dans la soirée. Je n’ai rien pu faire.”
Isa se lève et va dans la cuisine. Ma brodeuse n’ose me regarder. Je suis stupéfait.
Moi : “Votre chatte a gonflé, mais comment est-ce possible ?”
Judith : “J'en sais rien, je pensais à un problème digestif, mais les deux vétérinaires que j’ai vus pensent que c’est autre chose.”
La brodeuse : “Vous avez vu deux vétérinaires et qu’ont-ils dit ?”
Judith : “J’en sais rien, il y en a un qui a parlé d’une péritonite. Mais surtout ils pensent que c’est de ma faute, que c’est parce que c’est sale chez moi...”
Moi : “Quoi ? Je vois pas le rapport ! C’est quoi cette histoire ?”
Judith : “Ils disent que le vagin de ma chatte a pris la poussière !”...

Autant vous dire qu’à cet instant le temps s’est arrêté. J’ai entendu un bruit de cochon qu’on égorge en provenance de la cuisine, c’était Isa qui venait d’exploser de rire dans un reste de tourte.
Judith : “Ils disent que le vagin de ma chatte se serait infecté !”
La brodeuse avait sa petite larme discrète au coin de l’oeil, subtile et élégante. Quant à moi, je restais calme mais je riais de partout, c’était palpable.
Moi : “Le vagin de votre chatte a pris la poussière ? C’est curieux tout de même...”
Judith : “Bah oui d’autant qu’ils pensent que le problème, au bout du compte, vient de l’estomac...”
Isa est sortie dans le jardin, terrassée par un fou rire insurmontable. La brodeuse a lâché prise elle aussi et s’est réfugiée dans la cuisine. Je suis seul face à Judith et sa copine.
Moi : “Attendez, je ne suis pas vétérinaire mais il ne me semble pas qu’il y ait de connexion établie entre le vagin et l’estomac, quand bien même il s’agit d’une chatte...”
Judith : “Bah oui, c’est ce que je pense aussi...”
Nathalie, la copine : “Et en plus c’est propre chez toi !”
Je souffre de partout, mon corps n’est que rire contenu et douleurs des mâchoires. J’ai besoin de faire diversion.
Moi : “Chérie, à partir d’aujourd’hui je t’interdis de t’asseoir toute nue sur la moquette !”
Tout le monde éclate de rire, Isa qui est revenue, la brodeuse, Nathalie et même Judith sourit un peu. Ma petite blague anodine a permis à chacun de se libérer en toute impunité...
Judith reprend, comme si nos rires n’avaient pas d’emprise sur sa douleur : “J’ai fait faire une autopsie...”
Le blanc qui a suivi était intenable. Isa m’a regardé avec effroi, semblant me signifier que c’était trop pour une seule soirée et qu’elle ne survivrait pas. La brodeuse est restée silencieuse, sentant que j’avais désormais pris le contrôle de cette conversation hallucinante.
Moi : “Une autopsie de votre chatte ? Comme dans les Experts ?”
Judith n’avait pas la télé, elle ne comprit pas mais ce n’était pas grave, elle poursuivait.
Judith : “Vous comprenez, je voulais savoir si j’aurais pu faire quelque chose pour la sauver. Je me sens coupable...”
Moi : “Une autopsie quand même. C’est pas remboursé par la Sécu ce truc-là ?”
Judith : “Non.”
Moi : “Et alors ? Qu’est-ce que ça a donné ?”
Judith : “Bah rien, ils ont rien trouvé.”

Le calme est revenu peu à peu. Judith semblait perdue dans sa tristesse et les souvenirs de sa chatte. Nathalie nous regardait avec gentillesse, semblant nous dire qu’elle comprenait. Nous trois savions déjà que cette conversation rentrerait rapidement dans les anales et qu’elle avait permis de créer des liens très rapides, en cette fin de soirée au coeur du gîte. Le lendemain Judith montra la radio de sa chatte au vétérinaire du coin qui en quelques secondes conclut soit à un banal empoisonnement, soit à un étouffement assez traditionnel. Judith était contente, elle n’était pas vraiment responsable.

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Voici les sites qui parlent de "Le vagin de la chatte avait pris la poussière !" (sic) :

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