Je suis Sarah Connor (attention note sinistre)
Les vieux lecteurs de ce blog le savent, l’ont lu entre les lignes ou carrément sur les lignes, je suis obsédé par la mort. La mienne, celle de mes proches et même celle des inconnus. Je ne supporte pas le concept, l’idée, la vision, la dématérialisation de nous-mêmes. Je trouve hallucinant que nous acceptions de vivre en sachant cela. Par quelle magie supportons-nous cet état de fait ? Parfois je voudrais être un pigeon tranquillement installé sur un tilleul et maculer le toit d’une Safrane en me prenant pour un as de la première Guerre Mondiale. Bien sûr, je serais un pigeon farceur et athée !
Hier un adolescent de 13 ans est mort, près de Nantes je crois, parce qu’il a reçu une plaque de béton envoyée depuis un pont par deux types de 17 ans qui voulaient délirer. “On avait picolé”, ont-il déclaré. Point. Le petit gars était à la place du mort, dans la voiture conduite par son grand frère. Imaginez la vie du grand frère après ça, et les parents, les souvenirs, les albums photos, etc. Je suis resté scotché devant ma télé avec l’envie de pleurer. Ce petit gars-là avait quand même vécu 13 ans, c’est long 13 ans. Et puis hop, fini, comme ça, pour une seconde passée au mauvais endroit... Alors je me dis que je ne suis pas à l’abri d’une plaque de béton, jamais, nulle part.
Sans parler de mes nains et de la brodeuse. Parfois quand tout va super bien, que le soleil brille et qu’on entend des canards qui font coin-coin, alors j’imagine des accidents, des explosions, des crissements de frein, des déchirures. C’est plus fort que moi, ça vient tout seul. Il faut alors que je secoue la tête et que je respire fort, sinon c’est affreux. Il y a mille explications à cela, paraît-il. J’ai tout essayé, croyez-moi. Mais j’ai beau connaître les causes, ça n’enlève rien aux conséquences, ça revient, ça revient, ça revient.
Souvent je me demande comment vous faites, les autres, pour vivre avec ça. Si je suis le seul à me faire ces bad trips. Si c'est un luxe bourgeois. Pourquoi on n'en parle jamais... Bien sûr ce n'est pas très gai, je le concède, mais peut-être que ça nous détendrait les genoux. Et puis après je me dis que ça ne sert à rien au fond, que c'est juste du vent qui s'engouffre dans une Aiguille Creuse. Un murmure de fourmis. La ridicule gesticulation d'atomes organisés, bercés quelques instants par l'illusion d'une lucidité fraternelle...
Mais sinon ça va ! (il faut toujours que je finisse par une pirouette, je sais, c'est plus fort que moi ! ;-))
PS : pour ceux qui se demandent qui est Sarah Connor, elle est l'héroïne de Terminator, elle voit des robots et des explosions nucléaires partout. Ce qui est fatiguant...
