De temps à autre, un blogueur qui se respecte se pose la question de son blog, de pourquoi, de combien de temps, de qui suis-je et de comment ça se fait au fond...
De mon côté, ça va merci. J'ai eu ma crise des deux semaines, des deux mois, des quatre mois : je pense que c'est une suite arithmétique ou géométrique de raison x ou y (je rappelle que je suis une bille en maths aussi) et que donc je suis tranquille jusqu'en... Avril !!! Arrgghhhh... Bon, ça me laisse quelques jours pour continuer à rire de joie.
Je constate cependant que dans ce merveilleux royaume de la blogosphère, explosent de temps en temps des volcans surnaturels que l'on n'avait même pas vus venir. Considérant que nous sommes tous adultes, responsables, cérébrés et ouverts au monde, je m'étonne de voir comment, en quelques fractions de secondes, une relation conviviale se transforme en lapidation, une idée en menace, une blague en procès et un dialogue en rupture.
Pour avoir vécu ce genre de pitoyable mésaventure, je sais comment on se sent après une empoignade publique avec un blogueur qu'on aimait bien :
- D'abord on a envie de détruire son blog. Un réflexe naturel un petit peu animal qui consiste à supprimer la représentation du problème plutôt que le problème lui-même. L'allégorie de la caverne façon hérisson.
- Ensuite on déprime en se disant qu'on s'est humilié devant tout le monde et que cela ne nous était pas arrivé depuis la fois où on avait craqué son slip en plein concours de barres parallèles (si, si).
- Après on écrit une note pour dire que ce n'est pas grave tout cela et qu'au fond il y a des choses plus graves qui se passent dans le monde. Ce qui est juste.
- Le problème c'est que l'autre blogueur n'en est pas au même stade, et au moment où vous souhaitez enterrer la hache de guerre, vous constatez qu'il vous traite de moule frite un peu partout.
- Vert de rage vous lui renvoyez un mail assassin pour le calmer.
- Lui qui souhaitait enterrer la hache de guerre repense à la fois ou Tatie Bernadette lui a mis les chaussures Start Rite de sa soeur et qu'il s'est fait appelé Candy devant tout le monde dans la cour de l'école.
- Il ne vous répond pas et écrit une note meurtrière sur son blog.
- Vous répondez parce que merde, vous n'êtes pas Dean Martin dans Rio Bravo, vous n'avez pas la main qui tremble.
- Pendant ce temps-là les autres blogueurs, ceux qui vous lisent et vous apprécient, y vont de leurs commentaires pour vous dire que c'est ridicule et que maintenant il faut que ça cesse. En même temps ça les fait marrer parce que, une chose est sûre, ils ont autre chose à penser.
- Vous êtes à fond dedans et vous vous dites qu'ils ont raison. Mais c'est trop tard, le mal est fait. Vous êtes énervé, écoeuré, tendu comme une arbalète, des mots circulent un peu partout et vous vous sentez dépossédé de la maîtrise de votre merveilleuse image de vous-même.
- Vous avez envie de vomir et vous rentrez chez vous déçu par le monde, les blogs, cette merveilleuse promesse numérique qui ne se révèle être qu'un grand jeu du cirque dans lequel les lions viennent de vous bouffer les roupettes.
A la fin on compte les morts, les blessures, les vexations...
Mais moi je vais vous le dire, ce n'est pas très grave tout ça ma bonne dame.
Car les blogueurs qui vous entourent savent ce que c'est de péter un plomb, de mal réagir, de tomber dans ses faiblesses, d'être nul. Je maintiens que c'est ce qui fait notre humanité : un peu de réalité que diable.
La blogosphère c'est comme la plage de la Baule un 15 août.
Il y a de tout.
Des familles. Des jeunes. Des vieux. Des vieux
cons. Des gros cons. Des chiens crapuleux. Des crabes. Des marchands.
Des cadres dépressifs. Des artistes ambulants. Des sportifs. Des
capotes trouées. Des femmes quasi à poil. Des hommes quasi à poil. Des
chiennes de garde. Des curés. Des musicos. Des pièces cachées. Des
connectés. Des tracts. Des qui se baignent. Des qui se baignent pas.
Des qui détestent la mer. Des qui critiquent. Des stars. Des grands
brûlés. Des saisonniers. Des locaux...
Dans le tas il y a ceux qui
sont là pour rêver, dormir, s'amuser. Et d’autres pour rire. Lire.
Ecouter de la musique. Faire jouer les enfants. Bronzer. Draguer.
Voler. Se dépenser. Compter. Mater. Couler. Se muscler. Choper.
S'isoler...
On se voit presqu'à poil alors on croit se connaître.
Mais à trop se côtoyer on finit par manquer d'air. De temps à
autres, au détour d'un parasol, une querelle prend forme, monte dans
les tours, explose, retombe et puis s'en va.
Mais
après une longue nuit sous la lune, la mer aura recouvert le sable de
la Baule, les techniciens de surface auront ratissé large, les tracas
de la veille seront partis avec le vent, le temps et les vrais
problèmes...
(P'tain c'est beau...)
